Voici le second billet concernant la formation en gestion de projets interactifs à HETIC ("Hautes Etudes des Technologies de l’Information et de la Communication")

Dans le billet précédent, Jean-Christophe Beaux, le Directeur de HETIC, nous présentait l’école et sa formation. Dans ce 2nd billet, ce sont 3 anciens élèves qui vont nous apporter leur point de vue :

  • Renaud PERRIN, actuellement Consultant e-marketing (génération de trafic et mesure d’audience) chez SQLI Agency et diplômé de HETIC cette année;
  • Etienne MAUJEAN, actuellement Architecte de l’information chez Axance et diplômé de HETIC cette année;
  • et Antso RAKOTO, actuellement Chef de Projet chez Nurun (tiens tiens ;-) et diplômé de HETIC en 2008.

1. Qu’avez-vous pensé globalement de la qualité des intervenants (formateurs permanents et intervenants ponctuels) ?

Renaud : HETIC fait intervenir des professionnels en activité. C’est une des forces de la formation. Plus que de la qualité des cours, c’est une véritable expérience en agence/entreprise qui nous est offerte.

La formation oscille entre intervenants réguliers dans les domaines fondamentaux (gestion de projets, développement, e-marketing) et intervenants ponctuels (droit, simulation d’entreprise...)

Etienne : Les intervenants qui enseignent à HETIC sont soit des professionnels aguerris, soit des professeurs reconnus qui interviennent dans d’autres grandes écoles. Les premiers étant clairement majoritaires, l’enseignement est très pragmatique et emprunt de leur expérience du terrain. Leurs interventions sont certainement les plus riches d’anecdotes et de cas réels qui nous permettent d’anticiper les risques d’un projet ou les réactions d’un client. C’est véritablement primordial d’être au plus près des métiers dans notre industrie, qui reste jeune et qui évolue très vite.

Antso : A mon sens, c'est véritablement un des points forts de la formation. J'ai trouvé les intervenants HETIC vraiment très bons: ils maitrisent bien leur sujet, sont très à l'écoute des étudiants et sont aussi de bons pédagogues (dans l'ensemble ;-))

2. Quels sont les atouts et les points négatifs de cette formation ?

Renaud : Le point fort incontestable est la réalisation de projets client. L’école permet à l’ensemble des élèves de chaque promotion de réaliser des projets en équipe en mode projet (chef de projet, développeur, e-marketer) en relation directe avec un client afin de répondre à un besoin de communication en ligne. Quelle meilleure école que de se confronter à la réalité de la gestion de projets client.

Le second atout est à mon sens, la sans cesse évolution de la formation fonction des retours des élèves et des anciens élèves pour se calquer sur les besoins du marché (des agences et des annonceurs) et ses évolutions. HETIC intègre l’ensemble (ou presque) des métiers de la communication en ligne.

Les stages en 3ème et 4ème année nous permettent d’avoir des expériences riches et variées à chaque fin d’année comme pour mettre en pratique l’année écoulée et s’enrichir dans un environnement différent au contact de professionnels.

L’alternance (6 mois à temps partiel et 6 mois à temps complet) en dernière année nous permet d’être complètement intégrés au cœur des projets et de l’agence/entreprise et d’être opérationnel avant même la fin de la formation.

Je dirais que c’est une formation pragmatique en phase avec les évolutions qu’a engendré internet et les métiers de la communication de manière générale.

Les deux points négatifs : le suivi des stages et l’hétérogénéité pédagogiques des intervenants.

Etienne : HETIC se veut être une formation polyvalente. Les premières années permettent d’acquérir de solides compétences relatives aux métiers "historiques" du web. Je pense à la direction artistique, au développement (Php, Flash, maîtrise des principaux CMS, etc...) et au marketing. La deuxième partie du cursus propose une formation beaucoup plus pointue et novatrice puisqu’elle aborde des thèmes comme l’ergonomie, SEO/SEM, les langages récents (Flex, Ruby, AS3, etc...) le web analytics, l’entreprenariat, etc...

La formation est riche et aborde une multitude de domaines. Même s’ils font le choix de se spécialiser par la suite, les diplômés ont une vraie culture de l’internet et de ses métiers. Cela permet, notamment en gestion de projet, de comprendre les contraintes de chacun et d’être à même de dialoguer avec des profils très différents.

Pour autant, l’école est encore jeune et certains domaines auraient mérité d’être plus approfondis (je pense à l’accessibilité ou au buzz marketing). Malheureusement, les journées ne font que 24h et les plannings sont déjà bien chargés, ce qui empêche parfois d’approfondir des matières très pointues. HETIC a le mérite de les aborder à titre d’initiation, ce qui est déjà bien.

Antso : Ce que j'ai beaucoup apprécié à HETIC c'est l'aspect pratique de la formation. Les projets mis en avant par l'école sont des "vrais" projets pour de "vrais" clients. Les problématiques étant (quasi) similaires à celles que l'étudiant rencontrera en entreprise, cela lui permet d'être relativement opérationnel dès sa sortie.

La pluricompétence enseignée à HETIC est l'autre atout majeur. En effet, on y aborde autant les sujets relatifs à la gestion de projet qu'à la conception (élaboration de storyboards / spécifications...) et à la production (création, intégration, développement...)

Du côté des points à améliorer, je dirais que les enseignements HETIC gagneraient à traiter davantage de l'aspect budgétaire d'un projet (connaissance globale des taux du marché, élaboration de pricing, initiation à la négociation commerciale etc...) et à intégrer un peu plus la dimension internationale, ne serait-ce qu'en proposant plus de cours en anglais (you know what I mean !)

3. Est-ce qu’il vous a été possible de mettre directement en pratique en entreprise ce que vous appreniez à l’école ?

Renaud : Comme je le disais ci-dessus, l’école nous permet d’avoir une vue transversale des métiers en agence de communication interactive. En arrivant en agence en tant que chef de projet, vous avez déjà des bases solides en gestion de projets et connaissez la relation client. Bien sûr, il s’agit d’un autre environnement (parfois hostile) mais la qualité de la formation donne une aisance indéniable.

Etienne : Absolument ! Hormis la pluridisciplinarité, la pierre angulaire d’HETIC touche à l’insertion professionnelle. A partir de la troisième année, des projets réels sont assignés aux étudiants. Certains sont imposés par l’administration et font partie intégrante du cursus, d’autres sont proposés par la Junior-Entreprise. Pour ma part, j’ai participé à 15 projets (principalement des créations ou refontes de sites) répartis sur ma troisième et ma quatrième année. Sachant que chacun dure en moyenne 2 mois et permet d’endosser des responsabilités très différentes (j’ai été plusieurs fois chef de projet, concepteur/rédacteur, etc...) il faut bien souvent jongler entre trois ou quatre projets de front.

De plus, la formation impose plusieurs stages, ce qui m’a permis dès la troisième année de m’exercer à la gestion de projet au sein de l’agence Nurun qu’Eric connait bien. Enfin, la dernière année en alternance permet aux étudiants de revendiquer l’équivalent d’un ou deux ans d’expérience avant même d’être diplômés.

Antso : En intégrant Nurun, j'ai rapidement été confronté à des problématiques (somme toute classiques pour un chef de projet) telles que la compréhension des spécificités et de l'historique d'un projet, la gestion d'une équipe, la maitrise des délais etc... Le fait d'y avoir été confronté lors de mon cursus HETIC m'a permis de "rentrer dans le bain" (un peu) plus facilement et plus rapidement.

4. On a l’impression en lisant les réponses de J-C Beaux que la formation est trop généraliste et pas assez spécialisée en gestion de projet. Est-ce le cas ?

Renaud : Tout dépend de ce que l’on entend par généraliste. Il y a des cours/bases indispensables à connaitre, en tant que chef de projet et futur professionnel de la communication interactive. La formation ne vise pas à former une batterie de chefs de projet. Elle forme lors de la troisième année et quatrième année (anciennement la deuxième et troisième année) aux différents métiers avec une très forte composante en gestion de projets. Chaque élève, au cours de ces deux années est confronté à la gestion de projets et suit de nombreuses heures de cours dans ce domaine.

La dernière année permet à chacun de se spécialiser en suivant des cours spécifiques en même temps que ce que l’on pourrait appeler tronc commun.

Être une formation spécifique en gestion de projets serait une hérésie (à mon sens) tant les métiers de la communication interactive sont multiples et les connaissances de ces mêmes chefs de projet doit être transversale pour mener à bien ceux-ci. Chef de projet, consultant e-marketing, développeur, ergonome et j’en passe sont autant de métiers vers lesquels peuvent prétendre les élèves ayant suivi la formation HETIC.

La formation propose une vue transversale des métiers de l’agence. Toutefois la composante gestion de projets rythme les journées (et souvent les nuits) des deux premières années.

Etienne : HETIC ne se résume certainement pas à une école de gestion de projet. Les projets tenant une place importante dans le cursus et la mise en pratique des connaissances, c’est logique qu’une partie des diplômés débutent leur carrière par un poste de chef de projet. Pour autant, leur polyvalence et le caractère éclectique de la formation leur permet d’intégrer beaucoup d’autres postes à responsabilités. Je me suis moi-même orienté vers la conception et l’architecture de l’information, d’autres sont responsables techniques ou consultant e-marketing par exemple. La formation donne une multitude de clés. A chacun la responsabilité de s’orienter vers la serrure qui l’intéresse.

Antso : Effectivement c'est le cas, mais je pense que c'est voulu. En sortant d'HETIC, on ne ressort pas forcément chef de projet. Les profils de sortie sont plutôt variés: dans ma promotion par exemple, on retrouve des graphistes, des développeurs mais aussi des personnes qui travaillent dans l'analytics... Bref un peu de tout ! Je dirais donc que la formation n'est pas spécialisée mais plutôt orientée gestion de projet.

5. Un cursus de 5 ans est-il justifié selon vous ? Et quelles sont les différences fondamentales entre le cycle court et le cycle long ?

Renaud : Le cycle long vient d’ouvrir cette année et je ne préfère pas me prononcer sur la question ne connaissant pas assez celui-ci.

Etienne : Selon la philosophie de l’école, 5 ans ne sont pas de trop pour acquérir les connaissances de bases, les exercer lors des projets et amorcer son projet professionnel en connaissance de cause. Le cycle prepa ressemble au cursus d’un DUT Services et Réseaux de Communication, mais il approfondit largement les enseignements dits de culture générale. Les trois années suivantes permettent d’être opérationnels dès la sortie d’étude et d’accéder à des postes à responsabilités.

Internet est une industrie relativement jeune et nombre de managers se sont formés "sur le tas", en étant issus d’une école de commerce par exemple. Les formations courtes d’aujourd’hui (BTS, DUT, Licences Pro, etc...) vont se fondre dans cet environnement mouvant. Elles suffisent encore parfois pour exercer un métier exécutif (intégrateur html, développeur, ou designer par exemple). D’un autre côté, on commence vraiment à voir des jeunes diplômés sortir d’école dédiées aux métiers du web et je suis persuadé que le degré de qualification requis sera de plus en plus élevé au fur et à mesure que notre secteur gagnera en maturité.

Antso : C'est une question à laquelle il m'est difficile de répondre dans la mesure où le cycle prépa HETIC n'avait pas encore été mis en place lorsque j'y étais et que je ne connais pas la nature des enseignements proposés. Mais tout ce que je peux dire, d'un point de vue personnel, c'est que mes 3 années à HETIC ont été amplement suffisantes.

6. L’investissement financier que représente la formation sur 5 ans est-il selon vous justifié par rapport à la qualité des cours, aux compétences des formateurs, au matériel disponible etc... ?

Renaud : C’est un investissement financier et humain qui donne des débouchés incontestables et incontestés. Une formation de cette qualité n’a pas de prix tant le retour sur investissement est considérable.

Etienne : Après une certaine hésitation, j’ai souscris un prêt avec remboursement différé pour ne pas trop solliciter financièrement mes parents. Mon idée initiale était de continuer mes études en cycle supérieur pour augmenter mes chances de trouver un emploi.

Le mot est donc particulièrement bien choisi, c’est un investissement. A la réflexion, il me parait mesuré car il ne s’agit pas tant de bénéficier d’un ordinateur portable performant ou d’intervenants plus réputés qu’ailleurs. Il s’agit surtout d’acquérir l’expérience suffisante pour construire son projet professionnel et de se distinguer lors de la première embauche. En ce sens, la dernière année en alternance est un facteur facilitant important.

Antso : Encore une fois, ne connaissant pas bien le contenu du cycle prépa HETIC, je préfère répondre à la question en ce qui concerne le cycle supérieur. Les enseignements proposés à HETIC ainsi que le matériel mis à disposition des étudiants sont de très très bonne qualité, c'est indéniable. Maintenant dire que l'investissement financier est justifié c'est difficile : "oui" pour ce que je viens de préciser ci-dessus, mais "non" car je trouve que les frais de scolarité sont encore trop élevés (pour quelqu'un qui n'est pas encore sûr de trouver ce qu'il recherche en intégrant l'école, je comprends que le risque puisse être trop important).

7. Avez-vous des remarques à faire à l’école dans l’optique d’améliorer la formation ?

Renaud : Oui mais pas ici. Je l’ai souligné ci-avant, la formation évolue en fonction des retours d’expérience des élèves et anciens élèves confrontés à la réalité des métiers en agence/entreprise. Les échanges avec la direction de l’école sont réguliers.

Etienne : Je pense que la formation va encore s’améliorer avec le temps. Pour schématiser, plus elle sera reconnue, plus le niveau des candidats sera élevé. Si les élèves ont déjà des connaissances de base, les intervenants n’auront que plus de temps pour approfondir des domaines "experts". L’école fait également de gros efforts pour sélectionner soigneusement ses intervenants.

Antso : Baisser les frais de scolarité ;-) Plus sérieusement, comme je le disais précédemment, pour moi, le vrai point à améliorer serait de proposer des enseignements spécialisés budget. Cela accentuerait davantage le côté pratique et opérationnel de la formation.

8. Si vous deviez recommencer votre formation, est-ce que vous vous tourneriez toujours vers cette formation ?

Renaud : Sans aucun doute. Après un DUT Informatique, je ne savais pas trop vers quel métier m’orienter malgré ma passion pour le web. Cette formation m’a permis d’appréhender le Marketing Internet et m’a permis de m’orienter vers un métier. Je dis bien métier, car c’est à un métier qu’HETIC nous forme et non à un simple panel de connaissance. Un métier dans lequel nous serons de futur spécialiste et à un savoir transverse indispensable des différents métiers/profils de l’agence.

Etienne : Absolument. A l’issu de mon DUT obtenu en province, je ne me voyais pas commencer à travailler. J’avais une vision très simpliste des professions qui s’offraient à moi, et n’avais aucune notion business. Mes connaissances étaient superficielles et je n’avais quasiment aucune expérience professionnelle. Aujourd’hui, j’ai acquis une certaine confiance en mes capacités de conseil, d’adaptation, etc... tout en gardant une bonne marge de progression bien-sûr ;-)

Antso : Sans aucun doute, oui complètement. Après mon DUT Informatique, je cherchais une formation plus axée gestion et management et si possible, dans un domaine que je commençais à apprécier fortement, le web. Et bien, je n'ai pas été déçu. Encore aujourd'hui, je suis vraiment content ce que je peux apporter à Nurun, en partie grâce à HETIC.

9. Question facultative : vous a-t-on obligé à lire le livre "Conduite de projet web" de Stéphane BORDAGE ;-) ?

Renaud : Non mais oui (ou l’inverse) ;)

Etienne : Ce n’est pas obligatoire, mais la rumeur dit que c’est un pré requis à l’obtention d’une bonne note aux partiels ;-) Plus sérieusement, ses interventions et son soutien tout au long de nos projets sont parmi les fondations de la formation. Soyez rassurés. Ses cours sont beaucoup plus digestes et agréables que la lecture des 400 pages de son bouquin ;-)

Antso : Secret professionnel ;-) Tiens d'ailleurs, si tu as des exemplaires cadeaux, je suis preneur !

Merci à Antso, Renaud et Etienne d’avoir répondu à mes questions.

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