La formation "Management de Projets Numériques Interactifs" à l’école des Gobelins (2/2) : le point de vue des élèves
Par Eric DI POL, dimanche 11 janvier 2009 :: Gestion de projet :: #356 :: rss
Dans mon 1er billet, je m’étais entretenu avec Laure Poulain qui présentait la formation MPNI dispensée à Gobelins, l’Ecole de l’image.
Pour ce 2nd billet, j’ai recueilli le point de vue de 3 anciens élèves de la formation MPNI :
- Rachel Donnat : elle a 29 ans et a passé 8 ans en tant que DA Web et Flasheuse (après une 1ère formation en CRMA Gobelins - promo 2002 - qui clôturait des études artistiques). Aujourd’hui, elle est Directrice de Projet chez Uzik.
- Geneviève Maldelar : elle a 38 ans, travaille en tant que Chef de Fabrication de livres. Elle joue le rôle d’interface au sein de la chaîne graphique pour des clients éditeurs et gère les relations avec les sous-traitants. Elle travaille chez Hachette-Livre.
- et Julien Chenat : il a 23 ans et a suivi des études de multimédia (IUT Service et Réseaux de Communication, puis IUP Infocom) et a effectué des stages en tant que Webdesigner. Actuellement, il est Concepteur-Ergonome chez Enjoy Affinity.
Sept questions posées à trois personnes aux profils très différents, de par leurs parcours et leurs âges notamment. Trois points de vue donc, que voici.
Il existe pas mal de formations en management de projets interactifs. Pourquoi avoir choisi cette formation plutôt qu’une autre ?
Rachel : Parce que je connaissais déjà Gobelins (déjà diplômée de cette école en CRMA 2002), c'est une école que j'apprécie particulièrement parce qu'elle est vraiment pleine de gens dynamiques et créatifs, avec une ambiance assez "familiale" et pas snob pour un sou.
Sinon, j'ai hésité à faire un Master de marketing (type CELSA), mais faire uniquement du marketing pendant un an, ça m'a fait peur. Je ne pense pas que le métier de Chef de Projet web soit uniquement fait de marketing.
A Gobelins, on a une formation assez complète, dont le descriptif recouvrait toutes les compétences que je souhaitais acquérir (le marketing, mais aussi le management, le droit, etc...) Et en plus, la formation, comme toutes les formations Gobelins, est ancrée dans la réalité professionnelle, notamment via des études de cas, des intervenants pros, une formation aussi pratique que théorique.
Geneviève : La notoriété de l’école des Gobelins a pesé pour beaucoup dans ma décision. En tant que salariée en poste, il me fallait un argument de poids, pour influencer la DRH de mon entreprise, et obtenir un départ en CIF. De manière plus personnelle, c’est l’alternance qui m’a fait me positionner sur cette formation : un stage de près de 6 mois pour bien mettre en application les acquis théoriques.
Julien : L’une des principales différences avec les autres formations de ce type se situe au niveau de l'effectif : nous n'étions que 15 cette année. Bien sûr, je dois aussi avouer que la renommée de l'école a beaucoup joué dans mon choix.
Quels sont les points forts de cette formation et quels sont les points à améliorer ?
Rachel : Les points forts : la diversité des parcours des étudiants, le tout petit effectif, la multiplicité des angles d'approche par rapport à un groupe de métiers (chef de projet, chef de projet technique, architecte de l'information...), les cours concrets, ancrés dans la pratique, menés par des professionnels souvent en exercice.
Les points à améliorer : j'aurais aimé mener un véritable projet avec une véritable production, éventuellement avec d'autres formations de l'école qui apprennent justement les métiers de la production (1ères années de CRMA, ou CDNL, par exemple) Egalement, le revers de la médaille d'un recrutement hétéroclite, la motivation fluctuante, l'absentéisme, qui nous ont obligés à recommencer des cours depuis le début, c'est une perte de temps et d'énergie.
Par ailleurs, on pourrait imaginer des cours optionnels pour ceux qui n'ont jamais travaillé dans le web, pour pouvoir commencer l'année avec un socle de connaissances techniques commun.
Geneviève : Sans conteste, le point fort est la qualité et la variété des intervenants dans la formation MPNI... Ce qui implique que les cours sont très denses. Il faut s’y préparer pour ne pas décrocher. Le bémol porte sur la technique (langage de programmation, structure). En fait, disposer d’un minimum de connaissances est impératif pour comprendre les cours.
Julien : Concernant les points forts, les intervenants sont en majorité des professionnels et des experts dans leur domaine. On a beaucoup d'intervenants différents (plus de 30 il me semble) qui viennent faire une conférence sur une journée ou une demi-journée. C'est donc très riche mais la contrepartie c’est le rythme intensif. On ne peut pas vraiment approfondir personnellement, puisqu'après les cours, il faut travailler les études de cas. Il faudrait presque rallonger la formation de 2 mois !
Ce que l’on vous a enseigné était-il directement applicable dans votre métier au quotidien et en phase avec la réalité professionnelle ?
Rachel : Oui, bien sûr. Les études de cas sont tirées de projets réels qui ont été soumis aux professionnels qui interviennent dans la formation. Les jeux de rôle nous font vivre des situations professionnelles délicates, et y réagir comme nous le ferions "en vrai" (la pression en moins). Certains aspects des cours de conception, par exemple, ne m'ont pas directement servi, puisque j'ai choisi de me diriger vers la gestion de projet, et pas l'architecture d'information, mais ça me sert à avoir une bonne vue d'ensemble de ces enjeux.
Geneviève : Oui, les enseignements qui nous ont été prodigués étaient applicables. Par exemple, aujourd’hui je dispose d’outils méthodologiques concrets (des to-do-lists, des chartes de pré-production, des objets pour monter des arborescences en Powerpoint, des cahiers des charges en anglais pour utiliser le vocabulaire adéquat, etc...)
Julien : Oui bien sûr. L'enseignement est très pratique, avec finalement peu de théorie. Certains professionnels viennent nous expliquer la méthodologie mise en place au sein de leur agence. On apprend aussi, par exemple, à gérer et résoudre les différents problèmes que rencontrent fréquemment les chefs de projets. Chaque étudiant doit présenter un cas de difficultés professionnelles rencontré, pour que le groupe puisse en discuter.
Qu’a pensé votre tuteur / responsable en entreprise de votre formation ?
Rachel : Que la formation est très complète, et en phase avec les réalités du métier, dans toutes ses facettes (production, aspect humain, théorie...) Que c'est très bien d'avoir des études de cas et des jeu de rôles (en management), qui nous rendent aptes, dès la sortie de la formation, à prendre le métier en mains.
En revanche, il aurait peut-être été mieux d'avoir de vrais projets avec des commanditaires et une équipe de production réels. Je suis la 3ème étudiante de cette formation que mon agence a pris en stage, et ils m'ont embauchée en CDI comme Chef de Projet dès la fin du stage. Mon boss m'a dit qu'il tenait cette école en haute estime, et tout particulièrement la formation de MPNI.
Geneviève: Au premier rendez-vous, le chef du département e-ENSG/IGN où j’ai effectué mon stage pratique a été séduit par le descriptif MPNI. Au fur et à mesure de l’avancement du projet Intranet sur lequel j’étais affectée, il a pu constater que je travaillais en toute autonomie et que les questions que je lui posais étaient pertinentes. Le fait de ne pas avoir d’acquis techniques n’a pas été perçu comme un frein mais a plutôt constitué un moteur pour déployer d’autres ressources.
Julien : Ma maitre de stage a trouvé que la formation était très variée et m'offrait une bonne culture web tout en me permettant de gérer aussi les plannings et la conception. Elle a par contre reproché le manque de culture commerciale que l’on peut trouver dans une école de commerce.
Quels sont les enseignements qui vous ont été les plus utiles ?
Rachel : Le management, la conduite de projet, les études de cas, tout ce qui constitue une réflexion, un échange, sur la nature même des relations et des process à l'oeuvre dans les équipes de travail. On nous a vraiment mis le pied à l'étrier de ce côté-là . Quant aux cours plus "scolaires", avec un contenu à assimiler, comme le droit ou le marketing, il s'agit de connaissances utiles, mais assimilables par d'autres biais qu'une formation à temps plein, du coup c'est moins primordial.
Geneviève : En ce qui me concerne, les cours relatifs à la mise en scène de contenus et au e-learning en général, les benchmarks de sites, le travail sur des contrats relatifs au Code de la propriété intellectuelle, et la constitution progressive d’une bibliographie sont autant de points qui se sont révélés utiles. Avec ces armes, je peux exprimer des choix, étoffer un discours compréhensible pour les différentes personnes concernées.
Julien : De nombreuses conférences m'ont fait découvrir des domaines émergents que je connaissais peu, comme par exemple l'utilisation de l'internet mobile. Les études de cas se sont également révélées très instructives, puisqu’elles étaient orientées sur un thème précis (budget...) avec une synthèse à la fin de chacune.
Vous avez tous les 3 des profils différents. Est-ce une force pour suivre cette formation ou bien est-ce un handicap selon votre expérience ?
Rachel : Qu'est-ce qui serait une force ? Avoir un profil atypique ou que la formation soit constituée de profils variés ?
En ce qui concerne le profil atypique, je pense que c'est une force, bien sûr, même si c'est perçu comme un handicap par les recruteurs. Notamment quand on vient comme moi de la création. A la méfiance classique vis à vis des changements de parcours s'ajoutent les idées reçues sur les artistes qui sont, comme chacun sait, lunatiques et manquent de rigueur. Mais je continue de croire qu'on ne nait pas en sachant précisément la direction à suivre, celle qui nous conviendrait pour toujours, et un parcours est fait d'erreurs, d'ajustements et de changements, c'est NORMAL.
Et bien sûr que le fait d'échanger entre personnes de compétences multiples, avec des vécus si différents, est une richesse pour la formation. C'est le cas pour toutes les formations de Gobelins, et plus particulièrement pour celle-ci qui mélange la formation initiale et la formation continue.
Geneviève : La diversité est une richesse à partir du moment où l’on ne se disperse pas. Lors des études de cas à rendre, c’est vraiment bien que chacun contribue en fonction de ses acquis. Pour le recrutement de cette formation, il faut un noyau dur, c’est-à -dire une majorité d’élèves qui dispose d’un capital professionnel commun, puis ajouter 2 ou 3 profils à la marge (pas plus au risque de menacer l’équilibre). Pour une bonne dynamique de groupe, l’idéal est d’aller au-delà du seul critère de motivation.
Julien : On pourrait croire que c’est un gros handicap au début puisque nous n’avons pas forcément les mêmes centres d’intérêts, les mêmes motivations, ou tout simplement le même niveau dans certains domaines... Mais si l’on va au-delà de la frustration, on se rend vite compte que tout le monde vient apporter sa pierre à l’édifice. C’est même d’autant plus enrichissant de ne pas être "formaté" de la même façon, puisque nous avons pu confronter nos visions.
Au final, qu’avez-vous pensé de cette formation ? Vous a-t-elle déçu ou bien a-t-elle répondu à vos attentes ?
Rachel : Elle a tout à fait répondu à mes attentes. Naturellement, on est toujours un peu frustré, à la fin, parce qu'on voudrait aller plus loin, et que 4 mois c'est court, même au rythme intensif de cette formation, et c'est pour ça que nous avons décidé (à l'initiative d'Anne-Claire, élève de notre promo) de continuer à se voir régulièrement avec les anciens des différentes promos, pour faire de la veille ensemble.
Geneviève : MPNI est une bonne formation. J’y ai acquis du vocabulaire, une culture de milieu. Par rapport à mon métier du print, j’ai développé des réflexes nouveaux. L’ouverture professionnelle pour des élèves aux sensibilités différentes peut se faire aussi comme architecte d’information, planner stratégique, chef de produits vidéo (jeux). Ce cursus mérite néanmoins d’avoir un intitulé plus lisible (comme arme pour mieux se vendre), et devrait s’ouvrir davantage sur l’international.
Julien : Elle a complètement répondu à mes attentes et je continue de penser que malgré son prix d’entrée, c’est un bon investissement.
Merci à tous les 3 d’avoir répondu à ces questions. Au travers de ces 2 billets, j’espère vous avoir donné une meilleure vision de cette formation que je trouve vraiment intéressante car très professionnelle, et qui plus est, qui est dispensée par une école que je ne peux que recommander ;-)
Si vous voulez en savoir plus sur eux, voici :
- le portfolio de Rachel Donnat : http://www.apocalipstick.net
- Le blog de Julien Chenat : http://www.tanek.fr
- et concernant Geneviève Maldelar : http://www.themediatrend.info









::: Commentaires
1. Le lundi 12 janvier 2009 à 09:58, par Etienne
2. Le lundi 12 janvier 2009 à 13:31, par Eric - SuperFiction
3. Le mardi 20 janvier 2009 à 18:32, par Michael Chau
4. Le mardi 20 janvier 2009 à 18:44, par Etienne
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